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16/05/2012

Sète : Pique Nique militant le Dimanche 20 mai !

pique nique front de gauche à sète

Dimanche 20 mai à 12 h

Pique Nique militant front de gauche

Repas tiré du sac

Place de l'hospitalet

Avec Sébastien Andral

 

Gaz de schiste : lettre à François Hollande

Sébastien Andral demande au nouveau Président de la République d'annuler les permis de recherche de gaz de schiste accordés (puis annulés en partie) par NKM. L'un des permis toujours en vigueur impacte les cantons de Florensac et de Servian.

cliquez sur :

Gaz de schiste lettre à François Hollande.pdf

 

Culture ! vous avez dit culture ?

et si on en parlait

 « LA CULTURE ET LA CREATION, L’HUMAIN D ABORD ! » ,

Le 14 mars 2012, Maison du peuple, Pézenas, 

 en présence de

 

Alain Hayot délégué national à la culture du Front de Gauche, Ethnologue, professeur à l’Université d’Aix-Marseille, vice-président chargé de la culture et de la recherche de la région PACA,

 

Jean-Pierre Bilski professeur d’Histoire, auteur de « Repères sur les constructions culturelles des sociétés et civilisations »

 

 

Jean-Pierre Bilsky

 

Qu’est ce que la culture ?

 

Pour certains, la culture est presque gros mot. C’est connaitre beaucoup de choses. Pour la majorité d’entre nous, c’est une moitié de l’être humain. En effet, il y a d’une part la partie humaine de l’homme, liée à ces besoins physiologiques : la partie matérielle. La culture désigne l’autre partie qui concerne le domaine de la pensée, de l’esprit. L’Homme a autant besoin de vie spirituelle que d’éléments matériels. Nous avons tous besoin de nous construire une pensée.

 

 

 

La personnalité est composée :

 

                De la part de l’intime, de l’individu où chacun intègre ce qu’il perçoit, ses émotions.

 

                La partie collective : Les hommes ont un besoin de partage pour maintenir leur équilibre. C’est une tendance de la nature humaine désignée comme l’empathie. Ce sont les expressions artistiques, les fêtes.

 

La culture : c’est être nous même, dans ce collectif. Il ne s’agit pas de choses imposées, mais des choses partagées en collectif. Donc, cela doit se faire dans la liberté.

 

                Dès l’enfance, face aux questions existentielles, chacun se trouve ses réponses. Pour s’épanouir il faut être libre. Or des élites, des gourous ont imposé leurs réponses à toutes ces questions. Ils disent ce qu’il faut faire et penser. Ils affirment qu’elles sont les meilleures et rejettent les autres. Cela est le ferment historique des intégrismes et source de conflits. Les classes dirigeantes, ce sont dit que les religions étaient pratiques pour imposer leur ordre aux peuples.

 

 

 

Dans quelle mesure, dans ce combat culturel, la laïcité est elle importante ?

 

Pour arrêter ces massacres, ces tyrannies,  pour combattre la désinformation et l’ignorance. Il s’agit de ne pas prendre les gens pour des moutons mais pour des citoyens.

 

La laïcité permet la liberté de construire sa pensée soit même, la liberté de s’exprimer dans un dialogue respectueux avec les autres.

 

La Laïcité c’est un Etat qui garantit la liberté de s’exprimer et de penser. Il doit empêcher toute idéologie, toute forme d’oppression idéologique nous dictant ce que nous devons faire. Seule la loi doit dire ce que l’on doit faire.

 

La loi interdit aux religions de se mêler de la loi commune. Dans l’espace public, les gens doivent être en dehors des règles religieuses.  Car il est important de ne pas séparer les gens en fonction de leur religion.

 

Un outil : l’école

 

La seule école possible pour l’Etat est une école laïque. Elle est garante de la construction des individus dans un système libre où tous se retrouvent (cf.  « Fil de ploucs » de Jean Roux qui a appartenu au  Conseil nationale de la résistance). JL.Mélanchon ne transige pas avec le principe de la laïcité quand Sarkosy insulte le principe de laïcité en plaçant le curé avant l’instituteur. Des millions de gens qui ont pu prendre l’ascenseur social grâce aux instituteurs contre les curés qui prônaient l’ordre social.

 

 

 

Pour se cultiver, il faut des outils que l’on acquiert à l’école. D’où l’importance du combat pour l’école. Il faut sauver une école avec des enseignants compétents et formés, avec des moyens et des missions. L’une des priorités du prochain président sera de remettre l’Education nationale sur les rails avec un recrutement après le bac et un service public de formation professionnelle. Ainsi nous auront des formateurs qui auront un idéal en termes de Culture.

 

 

 

 

 

 

 

ALAIN HAYOT  présente les grandes lignes des idées du Front de gauche en matière de Culture.

 

A.H. : Il existe un Front de gauche de la culture, très large. Je suis l’un de ses nombreux porte- parole. La campagne du Front de Gauche n’est pas tournée autour de quelque uns. C’est une campagne citoyenne.

 

On se plain ici où la que la culture n’est pas dans le débat. Le Front de gauche a organisé de nombreux débats dans toute la France notamment un dans le quartier du Marais à Paris qui a réuni plus de 400 personnes ou à Avignon où se sont réunies entre 300 et 500 personnes. C’étaient de très grands débats avec le monde artistique et culturel. Il s’en est suivi,  la mise en place de groupes de travail, de forums, de débats. Toute cette matière va donner lieu à une publication qui va bientôt paraitre. Un projet avec  des propositions à partir des quelles on débattra car ce n’est pas  du tout un produit fini  Dans un article du Monde diplomatique, l’historien moderniste Lucien Febvre interrogeait « Qu’elle humanité voulons-nous être ? » Pourquoi toutes ces rencontres au lieu d’un exposé en chaire lors de la biennale du spectacle de Nantes ?

 

Parce que la Révolution citoyenne doit  créer les conditions pour que chacun prenne en main son destin et transforme le monde. La culture ce n’est pas seulement se divertir même si c’est important. Ce n’est pas que s’évader. C’est la construction de chacun, l’évasion du réel  par un imaginaire qui parfois anticipe même la science (Léonard  de Vinci, J.Vernes, le surréalisme vis-à-vis des sciences humaines) « Ceci n’est pas une chaise ». L’imaginaire est une question importante. Le mouvement progressiste a un peu négligé cette question qu’il devient indispensable de réinvestir. Nos sociétés sont en grande  interrogation. Que construire dans une société dominée par la loi marchande du profit maximum, de la concurrence libre et non faussée, de violence entre les individus ? Nous voulons une société d’émancipation, de solidarité, qui mette en avant la libération de chacun et la capacité de tous à prendre en main le destin collectif. K.Marx parle d’une société d’émancipation.

 

Nous voyons devant nous, une culture normée qui est une marchandise reçue à travers la télévision  et aujourd’hui le Web. Mais cet internet, même chantre de la liberté, est menacé par une main mise du domaine marchand. Si on laisse faire, il ‘y aura plus de possible pour une société libre.

 

Il faut une totale liberté de création sans asservissement aux lois financières. La culture marchande produit des produits normés et permet des atteintes à la libre expression (ex L’agression à la collection Lambert : l’œuvre, un christ en train d’uriner, a été perçue comme une  atteinte à l’église. Or l’artiste est catholique lui-même ! L’œuvre est foutue). La liberté de création est mise en cause par toutes les politiques de démantèlement de l’Etat. Cette liberté doit être donnée à tous ceux qui veulent devenir artiste, partout, et en tout lieu.

 

 « L’appel des appels » de Roland Gori : Il ne peut y avoir d’émancipation politique sans émancipation culturelle. Il faut des artistes et des créateurs et il faut que la culture soit le fait de tous. Il faut donc une politique culturelle qui permette à chacun de s’approprier les éléments qui lui permettent de construire, avec les artistes, sa propre dimension culturelle.

 

Le second danger est le jdanovisme appliqué en URSS : c'est-à-dire mettre la culture au service d’un projet politique. Comme cela est arrivé après le front populaire où l’on a distingué la culture pour ceux qui savent et le socio culturel pour les autres

 

Il faut créer les conditions du partage. Jacques Sassier Le partage du sensible. Le partage est une condition essentielle à une visée émancipatrice. On combat, et on rompt avec la politique culturelle menée Sarkozy qui fut, sur la culture, la pire des calamités : Un projet de marchandisation généralisé, de tout divertissement et nivellement par le bas. Il parle d’ordre moral, d’identité nationale qui sont des replis sur soit, des refus de la diversité culturelle qu’elle soit liée aux langues régionales ou issue de l’immigration. Le communautarisme, voulu par la politique Sarkozy, produit le chacun chez soit  et la culture pour chacun.

 

 

 

Question de la salle : Quels moyens ?

 

A.H. : L’ambition proposée par le Front de Gauche, par Jacques Ralite est de consacrer à la culture, dans les caisses de l’Etat et des collectivités territoriales, 1% du PIB. Sur 5 ans, cela revient à multiplier par 2,  les moyens accordés à la culture. La richesse culturelle en France représente  4% de la richesse nationale. En France, il y a  plus de salariés dans la culture que dans l’automobile. Cela représente environs 600 à 700 000emplois.

 

Mais la question première est celle du sens.

 

 

 

Question de la salle sur la place de la culture à l’école: Il faut une règle d’or qui régisse la relation école / culture sinon les programmes scolaires  deviennent utilitaires ( ex l’histoire devient optionnelle ce qui est dangereux pour la formation des citoyens). Il faut établir des ponts entre les artistes et l’enseignement : Quelle la place de l’artiste dans une société où l’enseignement élémentaire ne comporte pas de relation à l’art ou de l’enseignement de l’art ?

 

Question de la salle sur le financement des artistes par les institutions: Quelle est la place de l’artiste dans les prises de décision sur le financement de la culture ? Comment règle-t-on les affres des artistes face à la recherche de subventions ? Comment utilise-t-on l’argent existant ? Il n’est pas mis à disposition des associations  qui font le travail. Par exemple, dans une antenne culturelle on m’a dit « vous êtes trop d’artistes dans ce département ! » quand un tel service public nous coute 1M500€ par an !

 

Question de la salle sur l’éducation populaire : Il faut donner tout leurs sens aux mécanismes d’éducation populaire pour favoriser le développement individuel  et les pratiques artistiques.  Quels mécanismes met-on en place pour donner du souffle à ses envies de changement dans une société ? Dans une société dominée par le capitalisme il y a des ordres donnés. Exemple le vocabulaire employé dans les services Ex ressources humaines qui s’exploite et s’épuise.

 

A.H.: Dans nos rangs, de nombreux syndicalistes, techniciens ont fait des chiffrages. Et nous avons besoin des compétences associées des artistes, des techniciens, des  travailleurs et des chercheurs. Lors mise en cause par medef de l’intermittence, il y a eu, au-delà de la violence financière, une violence symbolique qui a dit aux artistes « Vous n’être pas légitimes. Vous ne servez à rien. »

 

 

 

L’éducation artistique est, pour certains, le seul critère d’une politique de gauche. Je pense que c’est réducteur, même si c’est un élément important. Dans le cadre de la conférence nationale de l’éducation, il y a eu beaucoup de « coups » portés par le monde artistique et culturel, aux acteurs de l’éducation. L’éducation spécialisée, les conservatoires, les écoles d’art et ainsi que les filières intégrées au système scolaire ont été les cibles des attaques. Une remise à plat doit être opérée.

 

 Dans l’éducation nationale, le développement des options a amorcé la mort de la dynamique culturelle et artistique au sein des établissements scolaires. Par ce biais, l’éducation artistique a subi un processus de réduction, une mort programmée.

 

Car cet espace d’interrogation du réel, n’est pas un  supplément d’âme, mais l’essentiel de la formation de l’enfant. L’éducation à l’image n’existe pas dans le système scolaire  et nos enfants tombent,  faibles,  devant les films américains du système marchand. L’éducation artistique doit reprendre pied dans l’enseignement. Elle doit se construire sur la base d’expériences et  de pratiques, dans le cadre d’enseignements de base, assurés par des professeurs titulaires de l’Education nationale  au même titre que la philosophie ou la physique. Il faut doter ce lien étroit entre l’école et l’art et la culture, de règles et des moyens. Il faut définir la place de l’artiste à l’école et mettre en place une transversalité avec le monde l’art, de la culture. L’éducation artistique représente des enjeux énormes.

 

 

 

L’éducation populaire est une originalité du Front de Gauche. Dès le débat organisé dans  la cadre du forum du grand parquet à Paris, il est apparu que  si notre mouvement collait aux éléments de la culture dominante, nous perdrions  toute capacité de mener le combat politique qui est le notre. P.Laurent insiste pour réintroduire la culture dans le rapport au travail. Pourquoi divise-t-on temps libre et temps de travail ?  Pourquoi aujourd’hui, le travail n’est plus perçu comme une source d’enrichissement ?  Nous sommes pour partie responsable.

 

Depuis les années 50, nous avons laissé s’opérer une rupture entre le monde la création et le monde de l’éducation populaire. Nous avons assisté à la création d’un ministère dont la mission spécifique était l’aide à la création. Qu’advient-il des missions transversales d’éducation populaire et d’éducation de la jeunesse ? Il y a là , pourtant, un enjeu majeur. Le Front de Gauche prévoit de créer une Conférence permanente de l’éducation populaire qui définirait les missions précises du ministère de la culture en matière d’éducation populaire. On peut inventer des dispositifs  faciles. Mais l’important est que l’Etat et les collectivités territoriales soient  garants de l’intérêt général et des moyens donnés aux fédérations d’éducation populaire. Les interventions artistiques doivent ce faire partout et notamment dans les entreprises où des moyens doivent lui être attribués.

 

 

 

Les artistes. L’intermittence pas un statut mais un régime d’indemnisation du travail. Je dis bien du travail, et pas du chômage. C’est un scandale de penser qu’un artiste qui n’est pas sur scène, ne fait rien. Il faut en finir avec le précariat dans le domaine de la culture. C’est un gros chantier !

 

 Le programme du Front de Gauche l’a chiffré à 200 000 milliards mais nous savons où prendre l’argent. Taxer les revenus du travail à 75% au dessus 1Md’euros par an ; c’est bien. Mais au Front de Gauche nous proposons 14 tranches d’imposition revues. C’est toute une réforme fiscale.

 

L’industrie privée du cinéma vit grâce au CNC (une création du conseil national de la résistance). Dans un tel contexte les salariés du cinéma ne peuvent être la  variable d’ajustement dans la crise du cinéma. Nous ne pouvons admettre les salaires mirobolants des stars et des revenus minables pour les salariés. Nous devons retrouver cette exception française affirmée par le Conseil national de la résistance. 

 

Il s’agit de redonner aux artistes un statut symbolique qui est perdu dans la société d’aujourd’hui. Il n’y a pas trop d’artistes dans un monde où ressortent les vieux démons ! Nous avons autant besoin d’artistes que d’enseignant. Nous avons besoin de leurs capacités à imaginer autre chose, à critiquer,  à bousculer.

 

 

 

Question de la salle sur la liberté de création : Aujourd’hui la liberté de créer n’a pas de garde fou. Le pouvoir laisse faire n’importe quoi face aux appels à la haine (ex. Daniel Villanova déprogrammé à Adge car il s’en prend au président).

 

La dynamique du Réseau langue et culture de France comme la démarche du Front de Gauche sont  profondément citoyennes et constituent un évènement. Plusieurs ateliers, dont localement autour de René Révol, se sont constitués. C’est une démarche intéressante dont le  texte est  disponible dans la salle. Il faut arriver à trouver un texte qui fasse accord entre nous, autour de la place de culture et des langues de France. Cette démarche a irrité beaucoup de gens qui ne pensait pas que le Front de gauche  allait s’attaquer à cette question car il y avait une différence d’opinion entre Jean-Luc Melanchon et le Front de Gauche. Le travail fait servira à un projet de loi au-delà des partis et des clivages, et au-delà du Front de Gauche. La démarche elle même est culturelle ; le Front de Gauche avec cet appel à la citoyenneté fonde l’originalité de son  programme.

 

Pour J.Chirac, sacraliser la culture, c’est sacraliser le budget. Et pour le  RPR,  il y a trop d’Etat sur la culture, il faut que le privé prenne sa juste part. Le système en place gênait  le mécénat donc la loi a été modifiée pour le favoriser. Le 6 décembre 2011, L’Etat signe une charte d’accord sur le mécénat. Depuis, Sarkosy donne une poignée de cacahouètes pour son ministère et pour la culture au sein de l’Education nationale. Le calcul a été fait : cela représente quelques centimes d’euro pour chaque enfant. Sarkosy rêve de la disparition du ministère de la culture. Le Front national le dit ouvertement mais Sarkosy le fait. Dans un contexte où les collectivités  territoriales sont de plus en plus coincées financièrement. Il faut arrêter le mouvement d’extrême droitisation, cette réalité d’une casse des services publics dans le domaine de la culture et la règle d’or qui dit que le monde privé qui doit financer la culture. Il s’agit de choix idéologiques et l’on constate,  en quelques mois, l’avancée des idées fascistes y compris sur les champs de la culture. En Grèce, on loue Parthénon pour faire des clips, des montages sur la mode, des films. Cela arrivera en France, si nous ne sommes pas capables de nous opposer. Derrière, il y a des choix précis de société.

 

A.H. : Le Front de Gauche affirme son opposition à toute forme de censure. Il est pour la liberté d’expression comme d’opinion car on ne connait pas les limites de la censure.  La société est majeure pour séparer le  bon grain de l’ivraie, mener des débats autour des œuvres dans une liberté de critique totale (Ex débats à Avignon sur les programmations et sur les contenus). Quand le propos artistique est antisémite, il  tombe sous le coup de la loi, comme tout un chacun. Aujourd’hui, la liberté d’opinion est garantie par la loi quand la liberté de création ne l’est pas. Aujourd’hui, la loi autorise la censure voire même l’organise (ex. vis-à-vis des mineurs au cinéma. La ligue des droits de l’homme mène aussi ce combat. Elle demande que la liberté de création soit inscrite dans la constitution.

 

 

 

Question de la salle sur la place de la culture : La Culture aide à être plus intelligent, à mieux maitriser le monde dans lequel on est. Le spectacle vivant permet d’échanger, de se rencontrer.  Le spectacle vivant est  particulièrement important car il permet de multiplier les rencontres entre artistes et donc les possibles autour de la création. Un festival est source de création de richesse ( ex Avignon, les  commerçants se plaignent des nuisances des festivaliers, mais lors des grèves, ils se sont aperçus des baisses de leurs ventes). Les artistes réinjectent l’argent dans la consommation. Mais quel soutien pour les associations qui sont souvent organisatrices ? Que feront l’Etat ou les collectivités  territoriales s’il y a une  baisse des ressources, ou plus de compétence culturelle et artistique ? La culture ne doit pas être limitée à ceux qui ont de l’argent.  Le spectacle vivant doit  aller  en direction des scolaires, en direction des gens qui vivent dans les entreprises.

 

Question de la salle sur la réforme territoriale : Le Front de gauche est pour une abrogation de la réforme territoriale qui veut concentrer l’ensemble des pouvoirs exécutifs des collectivités  territoriales. Cela constitue un danger pour la citoyenneté et les politiques publiques aussi  dans le domaine culturel. Les dangers sur l’autonomie financière sont en œuvre et l’autonomie politique est dans le viseur. La loi est déjà votée qui supprime la compétence générale et donc interdit à telle ou telle collectivité  d’intervenir dans les domaines culturels sportifs. Elle dicte leurs choix aux  collectivités  locales qui ont été librement élues par les citoyens. Mais certains dans l’opposition ne parle pas d’abrogation de cette loi,  mais d’adaptation ou d’aménagement de la suppression de la compétence générale et la métropolisation resteraient inscrite.

 

A.H. : Le spectacle vivant est un espace de création, d’innovation, dans un rapport direct à la population. La lettre de mission de Sarkozy à Mme Albanel affirmait même que ce travail ne peut être jugée à l’audimat. Le spectacle vivant doit demeurer une priorité dans l’aide à la création carce secteur n’a  pas d’autre ressource contrairement au cinéma par exemple. En France, les budgets publics en faveur de la culture se chiffrent autour d’une dizaine de milliards d’euros par an dont 3 proviennent de l’Etat et 7 des collectivités  territoriales. Si on applique la reforme territoriale, c’est la mort da la partie non marchandisée de la culture et cela ne veut pas dire que l’autre partie soit  sauvée. Il faut abroger cette loi ! JP.Bel au Senat n’a abrogé que le statut du conseiller territoriale et pas la métropolisation ni l’arrêt de la compétence générale. Si nous ne revenons pas à une cohérence en la matière, nous allons dans le mur. Le Front de Gauche prévoit la mise en place de conférences régionales permanentes pour l’art et la culture organisée sous la tutelle de l’Etat et des collectivités  territoriale avec des représentants du monde artistique, du tissu associatif  et des salariés dans une  compétence partagée.  Certes, cette conférence n’aura qu’un rôle d’avis dans la répartition des crédits mais cela éviterait les dérives. Les collectivités territoriales payent et leur compétence n’existe pas dans la loi. Seule la compétence générale les y autorise. Il y a un manque. La Culture n’est pas un domaine public parmi d’autres. C’est un élément transversal qui donne sens à tout et ce n’est pas le plus cher !

 

 

 

Question de la salle sur l’indemnisation  des artistes : Je voudrais témoigner au nom d’une amie qui a créé une structure associative dont l’objet était de salarier des artistes. Aujourd’hui, elle fait le choix redevenir artiste elle-même et Pôle emploi refuse son indemnisation. Elle n’a  même pas droit au RSA ! Où doit-elle aller ? Pourquoi ne peut elle toucher ce à quoi elle à droit ?

 

A.H. : L’assurance chômage effectue des reversements pour du temps chômé. Cela est basé sur une présomption de salariat, d’un lien de subordination. Sous le régime de l’intermittence, on est salarié que le  jour où on travaille. Les reversements de pôle emploi font suite à des cotisations de l’employeur et du salarié dans fond mutualisé de l’unédic. Dans le cas présenté, Pole emploi qui dépend de l’UNEDIC, structure paritaire interprofessionnelle est dans son droit ; cette personne n’a pas cotisé.  

 

 

 

Question de la salle sur le Sport : On oublie le sport, pas celui de la télé mais celui de l’éducation populaire qui est un moyen d’éducation et de culture et qui n’est pas utilisé comme il devrait être.

 

A.H. : Le Front de Gauche a organisé un forum national sur cette question avec Kokrel et Marie-Georges Buffet. De mon point de vue, le sport fait parti des créations humaines et donc de la culture. Mais pour des commodités d’organisation se sont d’autres que moi qui parlent sur ce sujet. Ne soyez pas vexé, si cette question est peu développée dans le programme ; il n’y a qu’une page et demie sur la culture et, comme me l’on fait remarqué certains d’entre vous, rien sur la pêche.

 

 

 

Question de la salle sur la dimension culturelle de l’inégalité homme / Femme

 

Question de la salle sur les moyens associatifs : Au-delà des moyens donnés, il apparait que les associations qui essayent de faire au mieux sont de plus en plus fliquées. Elles se font rappeler à l’ordre devant des réglementations de plus en plus pointilleuses. Donner plus de moyens à la culture est une bonne chose, mais que faire si le milieu associatif devient hors la loi ? Je demande des euros et un neurone pour autoriser les gens à faire ! 

 

Question de la salle sur l’enseignement artistique : J’ai beaucoup entendu par la droite ou dans la rue qu’une école de musique ne sert à rien. Car la musique est un don, on est doué ou pas.

 

Question de la salle sur l’intermittence : Je voudrais rappeler que l’intermittence est un régime de chômage et pas un statut. Il ne faudra pas revenir au régime chômage de 2003. Il faut réfléchir sur la réelle place de l’artiste dans la société. Ce n’est pas d’être chômeur. Il doit pouvoir vivre quand il est sur scène, quand il répète et comme tout un chacun quand il n’est ni l’un ni l’autre.

 

Question de la salle sur la liberté de création : Il ne faut pas être manichéen  ou simpliste. Par exemple, sur la censure la liberté totale est un leurre car l’artiste a besoin de contraintes pour créer. L’ignorance est pire que la censure. Prenons, Stéphane Guillon, censuré, remplit les salles ! Mais que faire face à la culture de la télévision et le nivellement par le bas de l’action d’éducation pop ? La démocratie peut elle changer cela ? Si on pose la question à tous les habitants de Pézenas « Quels sont vos choix culturels ? » La réponse sera-t-elle à hauteur de nos ambitions ?

 

Question de la salle sur la place des pouvoirs public dans la culture : La collectivité doit aller là où il a besoin d’aide et donc la où la culture de masse ne va pas. Le rôle du politique est d’aider les œuvres à trouver leur public, les créateurs à rechercher des formes artistiques, la société à avancer. Le politique doit imposer sa culture et les artistes doivent reprendre le pouvoir. 700 000 personnes vivent de la culture mais parmi eux combien sont artistes ? Combien vivent au crochet de ces artistes ? La mairie d’Avignon octroie 2 000€ au festival off pour 1 000 spectacles en 30 jours  ! Il a fallu l’arrêt brusque du off pour s’apercevoir que la culture rapporte !

 

A.H. : Concernant le régime de l’intermittence, le Front de Gauche propose :

 

1) la renégociation des annexes 8 et 10 pour un retour à un système pérenne. Le MEDEF a mis à bas le système, il faut l’obliger à renégocier. Mais sachez qu’aujourd’hui, le Medef est reparti à l’offensive

 

2) La prise en compte effective de toutes les interventions artistiques et culturelles, notamment dans en milieu scolaire, hospitalier, carcéral *

 

3) Contraindre les grands établissements culturels relevant de la tutelle de l’état et des collectités  territoriales d’en finir avec le précariat. Il faut retrouver dans ces grands établissements des troupes permanentes. Cela ne veut pas dire qu’un artiste est condamné à travailler qu’avec le théâtre qui le salarie, mais il faut que la situation de la Comédie Française ne soit plus unique. 

 

Les abus de l’intermittence sont le fait des producteurs et pas des intermittents eux- Les standardistes télé sont intermittentes

 

Le Front de Gauche propose la création d’un Observatoire de l’emploi culturel pour mieux cerner et traiter ces questions.

 

 

 

Il y a un paradoxe entre les exigences des artistes et la recherche d’un rapport plus démocratique entre l’offre et la demande.  Quand on travaille sur offre, on a de bons retours.

 

Avec la suppression de la pub après 20h sur les chaines de service public, il y a beaucoup plus de pubs dans la journée et un nombre incalculable de parrainage après 20h. Il y a donc moins argent pour le service public et toujours autant de pub ! Le service public français est malade. Le Front de Gauche propose la  suppression du CSA et la mise en place d’une structure indépendante du pouvoir ou siègeraient des représentants des usagers, des salariés et parlementaires. Nous pensons que la nomination du président de la télé de service public par le président de la république, est  anti démocratique. Le cahier des charges des médias de service publique doit allier liberté démocratie et culture. Avec une vraie exigence de qualité pour le public, l’audimat est présent, on peut faire reculer TF1 ! La concession de TF1 s’arrête l’an prochain, tout est possible ! Nous pensons que Bouygue n’a pas respecté le cahier des charges fixé lors de la privatisation. Avec la création de la TNT, tout le monde est content ! Mais ces chaines ne respectent pas les quotas de diffusion des œuvres. Elles sont submergées par les séries américaines qui sont en France  quatre fois plus nombreuses que sur les chaines allemandes. Il faut une politique publique qui soutienne la production française et européenne. Il faut donc avoir des exigences de pluralisme et diffusion des œuvres,  pour la TNT. Sinon à quoi servent 55 chaines qui diffusent toutes la même chose ?

 

14/05/2012

Mélenchon : “Le FN est illégitime à diriger la République”

Revue de presse "les inrocks"

 A un mois de son affrontement avec Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, rencontre avec un Jean-Luc Mélenchon combatif qui s’interroge autant sur la place de la gauche que sur les dérives de la droite.

Après la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a décidé de poursuivre son combat contre le Front national en se présentant sur les terres de Marine Le Pen, dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Triangle rouge de Ras l’Front à sa veste, le tribun du Front de gauche nous explique pourquoi il a érigé la présidente du FN en adversaire numéro un.

Pourquoi avoir choisi de vous porter candidat face à Marine Le Pen ?

Jean-Luc Mélenchon

J’ai décidé d’être candidat aux législatives pour prolonger le message que nous avons porté lors de la présidentielle. Nous voulons livrer un combat social face au Front national dans une circonscription populaire. Hénin-Beaumont est la circonscription exemplaire pour cela. Alors que l’extrême droite prospère sur la décomposition des socialistes, nous allons tenter de relever la gauche. Avec la médiatisation de la campagne, cette bataille aura un retentissement national.

Mesurez-vous le risque politique de défier le FN sur une terre où il est fermement implanté ?

Je prends le risque d’être battu, et alors ? Les circonscriptions de gauche ne sont pas venues d’un claquement de doigts, elles ont toujours été gagnées au prix de luttes. En tant que figure de proue du Front de gauche, j’estime que j’ai un devoir d’exemplarité. A trois reprises, les socialistes ont tenté de parachuter quelqu’un dans cette circonscription, personne n’a voulu venir. J’assume mes responsabilités en m’y présentant comme candidat.

Pourquoi avoir fait de la lutte contre le Front national l’une de vos priorités politiques ?

Les gens pensent que le Front national est un cas particulier, comme s’il ne relevait pas de la politique mais de la morale. Pourtant c’est bel et bien de la politique. L’extrême droite n’est plus à la marge du système en ce moment de l’histoire. Un peu partout en Europe, on voit que la droite ne parvient plus à gérer la société avec ses méthodes traditionnelles et s’en remet progressivement à l’extrême droite. En ciblant le Front national, je m’attaque donc à la réorientation idéologique de la droite et aux risques qu’elle fait peser sur la société.

Avez-vous le sentiment que le FN n’est pas assez pris au sérieux ?

Les élites ont du mal à comprendre quand le monde change et elles reproduisent à l’identique ce qu’elles ont toujours fait. Quand vous ouvrez un livre d’histoire et que vous vous arrêtez à 1789, vous vous rendez compte que Louis XVI a cinquante moyens d’échapper à la guillotine. Il ne s’en sort pas car il ne parvient pas à rompre avec l’ancien monde. Les élites sont incapables de penser la nouveauté et de voir au-delà du capitalisme sauvage et productiviste qui est en train de s’écrouler. Tous les programmes politiques sont mis au pied du mur face à la crise que nous traversons.

Tout au long de votre parcours politique, vous vous êtes toujours placé en adversaire résolu de l’extrême droite. Votre enfance passée au Maroc vous a-t-elle rendu plus sensible à la question de l’immigration ?

Évidemment, ça joue pour moi un grand rôle. Je crois que Le Pen père et fille ne comprennent pas ce qu’est la France. Ils sont convaincus que l’identité française est figée alors qu’elle est perpétuellement en mouvement. Aujourd’hui, on demande des brevets d’intégration à des gens qui sont là depuis trois générations. On sous-estime la douleur que cela peut représenter d’être pointé du doigt de cette façon. On finit par douter de soi-même. Grâce à mon parcours, je comprends cette violence, je la ressens et quand ces gens m’entendent parler, ils ressentent une connivence affective.

Si le FN parvenait au pouvoir, vous plieriez-vous au verdict des urnes ?

Jamais. J’entrerais en résistance. Ces gens-là sont illégitimes à diriger la République. Et la France pour moi, c’est la République. La France sans la République, on a déjà donné : c’est le maréchal Pétain.

Vous refusez à Marine Le Pen et son parti toute possibilité d’évolution idéologique ?

C’est comme si vous me demandiez si j’ai une chance d’approuver la société de l’actionnariat, c’est impossible. Ma racine politique ne me le permet pas. Contrairement aux brevets de laïcité que lui ont décernés les médias, Marine Le Pen n’est pas laïque, elle est hostile aux musulmans, ce n’est pas pareil. Ce parti n’évoluera jamais, il sera toujours génétiquement antirépublicain.

Quelle est la responsabilité de la gauche dans la progression électorale du FN ?

Elle est colossale. Les victoires de l’extrême droite n’ont jamais eu lieu autrement que sur la base des fautes tactiques et stratégiques de la gauche. Le Parti socialiste n’a pas réussi à retrouver le chemin qui le mènerait au cœur du peuple. Le décrochage n’est pas qu’affectif, cette gauche-là est aujourd’hui incapable de prouver au peuple que ses intérêts sont à gauche. Il y a une déconnexion entre son programme et les classes populaires. Nous sommes la relève.

Quel regard portez-vous sur les méthodes employées par la gauche pour lutter contre le FN, que ce soit de manière morale avec SOS Racisme ou bien de manière plus spectaculaire, comme a pu le faire Bernard Tapie ?

Je crois que la solution n’est ni dans les leçons de morale, ni dans les injures. Les deux méthodes ont fait la preuve de leur inefficacité. Ma méthode est celle du débat argumenté. Prouver concrètement que nos solutions sont les bonnes et les leurs une illusion criminelle.

Quelle est la solution à adopter selon vous ?

La bataille morale est trop courte ! Il faut arrêter d’avoir un discours doloriste sur l’électorat du FN. On l’infantilise comme si les gens ne savaient pas qu’en glissant un bulletin de vote Front national, ils votent pour un parti raciste. A la place, je leur propose une identité patriotique, républicaine, écologiste et socialiste. L’enjeu est culturel.

Il y a aujourd’hui un sentiment assez largement répandu d’insécurité culturelle au sein de la classe ouvrière, notamment du Pas-de-Calais. Comment déconstruire cette panique morale ?

L’être humain est toujours partagé entre son attirance pour la ligne d’horizon et la peur de ce qu’il va y trouver. On ne peut pas reprocher aux gens de chercher un nouveau mode d’organisation quand celui qu’ils avaient s’est effondré. Lorsque la gauche n’arrive plus à faire comprendre que la solution passe par le social, le FN débarque et répond par l’ethnique. Les gens n’ont pas peur de l’autre ou de la globalisation, ils craignent simplement les ravages du capitalisme.

Malgré vos efforts, le Front national reste le parti qui capitalise le plus fort vote ouvrier. N’est-ce pas un échec pour vous ?

Je ne peux pas régler en une campagne des problèmes qui traînent depuis trente ans. Je pense que nous allons pouvoir reconquérir l’électorat ouvrier, mais ça se fera par étapes.

Vous faites appel à la “communauté ouvrière”, mais dans une ville comme Hénin-Beaumont, marquée par la fermeture des mines, est-ce que cela a encore un sens ?

La conscience ouvrière a été construite au prix du sang, des larmes et des fusillades. J’affirme que les solidarités communautaires ne sont pas détruites. Les gens ne se replient pas sur eux, ils se construisent autrement. Nous allons leur proposer de se construire dans la révolte. Wilhelm Reich tout comme Léon Trotsky partageaient le même avis sur la composition de la société. Le fascisme peut faire d’une poussière humaine une force. J’oppose cette méthode à Marine Le Pen. De la poussière de l’autre gauche, nous avons fait une force qui s’est donnée à voir tout au long de la campagne présidentielle, que ce soit à la Bastille, au Prado ou bien encore au Capitole. Je vais poursuivre le combat. Il ne faut pas que Marine Le Pen s’attende à ce que je rase les murs. On sera partout. Rue par rue, porte par porte, cœur par cœur.

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11/05/2012

Un nouveau discours politique a émergé

La revue de presse

LE MONDE | 09.05.2012 à 13h51 • Mis à jour le 09.05.2012 à 13h51

Par Henri Pena Ruiz, philosophe, écrivain , professeur, membre du Parti de gauche

De lassitude en désespérance, la politique se languissait. On n'y croyait plus. Sous les feux de la rampe, les médias faisaient de leur mieux pour amuser la galerie. Hélas ! à leur insu, ils reproduisaient souvent les poncifs de l'idéologie dominante. La droite avait gagné la bataille des idées : elle avait imposé son langage, ses problématiques, son idéologie.

Un langage partisan, souvent inconscient de l'être : charges sociales et non cotisations, assistanat et non droits sociaux , libéralisme et non capitalisme , Etat-providence et non Etat social de droit, etc. Des problématiques fallacieuses : les dettes publiques dues aux "avantages" des travailleurs et aux missions sociales de l'Etat, une Europe régie sans recours par les marchés, la souveraineté populaire taxée de souverainisme, voire de nationalisme, les services publics jugés archaïques, la laïcité conçue comme une vieillerie, etc.

Des idées reçues et répétées sans distance critique : le communisme confondu avec le goulag, mais le christianisme étranger à l'Inquisition, la charité substituée à la solidarité, les coûts écologiques et sociaux de l'ultralibéralisme externalisés, l'impôt tenu pour confiscatoire, et les déshérités jugés responsables de leur situation. Bref, dans la bouche de ses apologètes, toute interrogation sur l'inhumanité d'un système si content de lui paraissait incongrue et passéiste. La condescendance se mêlait à la morgue, et le cynisme à l'enrichissement vertigineux. Un million d'euros mensuels pour certains PDG du CAC 40, et le smic plafonné à 1 400 euros.

Les soins, la culture, le logement, voire l'eau et l'énergie, devenaient inaccessibles aux exclus, et l'industrie du luxe se faisait florissante. Comme l'avait dit la Dame de fer : "No alternative." M. Sarkozy agissait en disciple. Mais il fallait un dérivatif aux désespérés. D'où son mimétisme à l'égard de l'extrême droite. Exalter le "nous" contre le "eux", l'ami contre l'ennemi.

Combattre l'exploitation

Rapprocher immigration et menace sur l'identité dite nationale. Jeter l'opprobre sur les immigrés, les Roms, les banlieues. Dans tout cela, un grand absent : le peuple.

Un fait nouveau change la donne. Le Front de gauche fait appel de la victoire idéologique de la droite. Il promeut une nouvelle façon de faire de la politique. Sa campagne est l'occasion d'un immense partage du savoir, d'un pari sur la culture populaire. Chaque discours explique, défatalise, déverrouille l'horizon. Les mots de la domination sont contrés par ceux de l'émancipation. On combat à nouveau l'exploitation, "qui produit la richesse en créant la misère" (Hugo : Melancholia). L'espoir est là, il fait vibrer, aller vers l'autre, ouvrir les livres, explorer la Toile, agir de concert, (re)vivre les solidarités militantes. L'émancipation individuelle et collective reprend sens. Telle est l'autre victoire du Front de gauche, et elle est pleine de promesses.

Certes quelques mois de travail collectif enthousiaste, impliquant toutes les générations, redonnant le sourire et l'envie de politique à bien des déçus, ne peuvent suffire à déconstruire des décennies de fatalisme, d'hégémonie idéologique des nouveaux maîtres du monde. Il y faut du temps, mais le mouvement est lancé, bien plus profond, bien plus essentiel que de simples échéances électorales. Dans tout le pays, le Front de gauche suscite des recherches passionnées sur des sujets auparavant abandonnés aux prétendus experts.

Comme disait Condorcet, il s'agit de "rendre la raison populaire". Ce pari de la culture permet au peuple de reprendre toute sa place, de se découvrir plus puissant qu'il n'imaginait du fait de la dissuasion distillée sans cesse par les chiens de garde de l'idéologie dominante. "Trop compliqué pour vous, laissez-nous faire." Non, on ne vous laissera pas faire, on ne lâchera rien ! La Boétie nommait servitude volontaire la soumission consentie. La résistance commence par la réfutation raisonnée. Et elle se poursuit par les luttes sociales.

Bref, le goût de la politique est revenu. Avec à la clé l'émergence d'une gauche décomplexée, libérée de toute fatalisation, fière d'assumer un projet d'émancipation original. Promouvoir le cercle vertueux d'une nouvelle République laïque, d'une économie sociale, et d'une planification écologique. Onze pour cent des voix, c'est à la fois beaucoup et peu. Beaucoup par rapport à l'anéantissement qui précédait : scores infimes, division, lassitude et tristesse.

C'est peu par rapport aux objectifs d'une reconquête ambitieuse. Déjà un programme jugé utopique, couvert de sarcasmes, s'est découvert des émules. Voyez comment les idées du Front de gauche font école... De nouvelles tranches d'impôt ? François Hollande, sur le tard, reprend à son compte l'idée défendue par Jean-Luc Mélenchon. L'écart maximal des revenus de 1 à 20 ? Idem. Une sanction contre les exilés fiscaux ? Idem. Bref, la bataille des idées a enfin commencé, avec des premiers succès. Et elle ne s'arrêtera pas. Même après l'indispensable défaite de M. Sarkozy.

Henri Pena Ruiz, philosophe, écrivain , professeur, membre du Parti de gauche

 

henri pena ruiz,philosophe,écrivain,professeur,membre du parti de gauche